Vie quotidienne
Habitat paléolithique
L'habitat paléolithique regroupe trois grandes catégories : l'abri-sous-roche, la grotte et la structure de plein air. Les sociétés paléolithiques étant nomades ou semi-nomades, leur habitat est avant tout fonctionnel et variable selon le climat, les ressources et la durée d'occupation prévue.
Abri-sous-roche
L'abri-sous-roche (cavité peu profonde sous un surplomb rocheux) est l'habitat le mieux documenté du Paléolithique moyen et supérieur. Il offre une protection naturelle contre la pluie et le vent tout en restant ouvert vers l'extérieur. La vallée de la Vézère en concentre une densité exceptionnelle : Le Moustier, La Ferrassie, Cro-Magnon, Laugerie-Haute, Laugerie-Basse, Abri Pataud, Abri Castanet. Les niveaux d'occupation s'y empilent souvent sur plusieurs mètres, livrant des séquences stratigraphiques complètes.
Grottes
Les grottes profondes ne sont pas des habitats principaux : leur entrée seule sert d'occupation domestique. Le fond des grottes est réservé aux activités symboliques (art pariétal) ou ponctuelles. À Bruniquel (Tarn-et-Garonne, ~ 176 ka), des Néandertaliens ont construit à 336 mètres de l'entrée des structures circulaires en stalagmites brisées, attestant une fréquentation profonde précoce (Jaubert et al. 2016, Nature).
Les grottes ornées (Lascaux, Chauvet, Niaux, Altamira) ont rarement servi d'habitat permanent — les niveaux archéologiques s'y trouvent à l'entrée ou en porche.
Structures en plein air
Les structures d'habitat en plein air sont mieux conservées dans les zones loessiques (Europe centrale et orientale) et tardiglaciaires (Bassin parisien). Plusieurs types sont attestés :
Cabanes en os de mammouth
Les cabanes circulaires aux parois faites d'os de mammouth (mâchoires, défenses, fémurs) sont caractéristiques du Pavlovien moravien et de l'Épigravettien oriental. Sites majeurs :
- Mezhirich / Mejyrytch (Ukraine, ~ 15 ka) — quatre huttes circulaires, chacune utilisant 95 à 149 os de mammouth. Diamètres de 4 à 6 mètres.
- Mejyrytch, Mezin (Ukraine).
- Kostenki, Pouchkari (Russie) — habitats gravettiens et épigravettiens.
- Yudinovo (Russie) — cinq huttes en os de mammouth datées à ~ 15 ka.
- Anosivka (Ukraine) — cercle de 60 mâchoires de mammouth, datation 22 ka.
Tentes en peaux
Les structures légères en peaux tendues sur perches sont attestées par leurs négatifs : empreintes de poteaux, cercles de pierres ayant servi à arrimer les peaux, distribution circulaire des restes lithiques et osseux autour d'un foyer central. Les sites magdaléniens du Bassin parisien sont des références :
- Pincevent (Seine-et-Marne, ~ 12,5 ka) — campement à plusieurs unités d'habitation autour de foyers individuels. Fouilles André Leroi-Gourhan dès 1964.
- Étiolles (Essonne) — atelier de débitage et habitat.
- Verberie (Oise) — campements répétés.
Structures plus anciennes
Les structures d'habitat antérieures au Paléolithique supérieur sont rares et toujours débattues. Terra Amata (Nice, ~ 380 ka) a été interprétée par Henry de Lumley comme livrant les empreintes de huttes ovales acheuléennes. Cette lecture est contestée : la conservation des matériaux périssables sur de telles durées est extrêmement improbable. Bilzingsleben (Allemagne, ~ 370 ka) a livré des structures circulaires dont l'interprétation reste discutée.
Foyers et organisation interne
Le foyer central organise l'habitat. Les analyses spatiales fines, initiées à Pincevent, montrent une distribution structurée des activités autour du foyer : aire de couchage, aire de découpe et boucherie, aire de débitage lithique, aire de rejet. Les concepts de « plan d'habitation » et de « champ d'épandage » (Leroi-Gourhan, Brézillon 1972) sont issus de ces fouilles.
Sédentarité progressive
La sédentarisation se développe au Mésolithique, particulièrement dans les régions à ressources concentrées (côtes, rives de grands lacs ou rivières). Le Natoufien levantin (~ 14 500 → 11 500 BP) construit des structures circulaires en pierre semi-enterrées dans des villages durables (Mallaha/Eynan, Wadi Hammeh). À Lepenski Vir (Serbie, Danube, ~ 9 000 BP), les maisons trapézoïdales aux sols en mortier de calcaire représentent un degré de sédentarité élevé sans agriculture. Voir Mésolithique.
Sites de référence
- Vallée de la Vézère (Dordogne) — abris-sous-roche.
- Bruniquel (Tarn-et-Garonne) — structures néandertaliennes profondes en grotte.
- Pincevent, Étiolles, Verberie (Bassin parisien) — campements magdaléniens.
- Mezhirich, Mezin, Yudinovo (Ukraine, Russie) — cabanes en os de mammouth.
- Kostenki, Avdeevo (Russie) — habitats gravettiens.
- Lepenski Vir (Serbie) — maisons trapézoïdales mésolithiques.
- Mallaha / Eynan (Israël) — village natoufien.