Période
Paléolithique moyen
Le Paléolithique moyen s'étend approximativement de 300 000 à 40 000 ans avant le présent. Il correspond en Europe à l'expansion du Moustérien et au peuplement par Néandertal, contemporain en partie de premiers Homo sapiens au Levant. La généralisation du débitage Levallois et l'apparition des premières sépultures intentionnelles en sont les marqueurs principaux.
Définition et bornes
Le Paléolithique moyen est défini par la généralisation des méthodes de débitage prédéterminé, dont le Levallois est le plus emblématique. La borne inférieure, vers 300 ka, correspond à l'apparition régulière de cette technique en Afrique et en Europe. La borne supérieure, vers 40 ka en Europe, marque l'entrée dans le Paléolithique supérieur avec l'arrivée de sapiens et la diffusion de l'Aurignacien.
En Afrique, on parle de Middle Stone Age (MSA), avec une chronologie similaire mais des industries distinctes (lévallois local, pointes pédonculées d'Aterien, etc.).
Le Moustérien et ses faciès
Le Moustérien, défini d'après le site éponyme du Moustier en Dordogne, est l'industrie dominante du Paléolithique moyen européen. François Bordes en distingue cinq faciès dans sa thèse de 1961 :
- Moustérien typique — équilibre entre racloirs et pointes.
- Charentien type Quina — racloirs épais à retouche écailleuse.
- Charentien type Ferrassie — racloirs Levallois.
- Moustérien à denticulés — outils à encoches multiples.
- Moustérien de tradition acheuléenne (MTA) — persistance du biface.
L'interprétation de ces faciès oppose deux écoles : Bordes y voyait des « tribus » culturelles distinctes, Lewis et Sally Binford les ont relus comme des variations fonctionnelles dépendant de la saison et de l'activité. Le débat a structuré l'archéologie préhistorique des années 1960–1980.
Néandertal et premiers sapiens
L'homme de Néandertal est l'auteur principal du Moustérien européen. Sa morphologie complète est connue à partir de 430 ka (Atapuerca, Sima de los Huesos) et il occupe l'Eurasie occidentale jusqu'à 40 ka. Sa capacité crânienne, comprise entre 1 200 et 1 750 cm³, dépasse en moyenne celle de sapiens moderne.
Au Levant, des restes de Homo sapiens apparaissent dès 100 ka environ (Skhul, Qafzeh, Israël) avec une industrie également moustérienne. Une mâchoire de Misliya (Israël) a été datée à 177–194 ka en 2018, repoussant cette présence.
Premières sépultures
Le Paléolithique moyen livre les plus anciennes sépultures intentionnelles documentées. La sépulture de La Ferrassie 1 (Dordogne, ~ 70 ka), néandertalienne, présente une fosse, une position fœtale et un dépôt de mobilier lithique. Les sépultures sapiens de Qafzeh et Skhul (Israël, ~ 100–90 ka) livrent ocre rouge, coquillages percés et bois de cervidé.
L'intentionnalité de certaines sépultures néandertaliennes reste débattue. Pour La Chapelle-aux-Saints (Corrèze), les travaux de Rendu et al. (2014) ont confirmé l'aménagement d'une fosse anthropique.
Comportement symbolique
Le Paléolithique moyen voit apparaître plusieurs indices de comportements symboliques : pigments d'ocre travaillés (Pech-de-l'Azé, ~ 50 ka), coquillages percés et peints (Cueva de los Aviones, Espagne, ~ 115 ka), plumes et serres d'aigle prélevées sans intention alimentaire (Krapina, Croatie). Trois marques pariétales attribuées à Néandertal ont été datées par U/Th à plus de 64 000 ans (Hoffmann et al. 2018, sites de La Pasiega, Maltravieso et Ardales en Espagne) — la plus ancienne expression artistique connue, antérieure à l'arrivée de sapiens en Europe.
Transition vers le Paléolithique supérieur
La fin du Paléolithique moyen, en Europe occidentale entre 45 et 40 ka, est marquée par des industries dites « de transition » : Châtelperronien en France et au nord de l'Espagne, Uluzzien en Italie, Bohunicien en Europe centrale. Le Châtelperronien, attesté à la grotte du Renne (Arcy-sur-Cure, Yonne) et à Saint-Césaire (Charente-Maritime), associe des outils sur lame typiques du Paléolithique supérieur à des restes néandertaliens — son attribution à Néandertal ou à sapiens est controversée mais reste majoritairement néandertalienne.
Climat et environnement
Le Paléolithique moyen traverse plusieurs cycles glaciaires : MIS 8, MIS 6 (glaciation de Riss/Saale) et le début de la glaciation de Würm (MIS 5d à MIS 3). L'interglaciaire éemien (MIS 5e, 130–115 ka) est la dernière phase aussi chaude que l'actuel avant l'Holocène. Voir glaciations du Pléistocène. La faune froide (mammouth laineux, rhinocéros laineux, renne) alterne avec une faune tempérée (cerf élaphe, sanglier, aurochs).
Sites de référence
- Le Moustier (Dordogne) — site éponyme.
- La Ferrassie (Dordogne) — sept sépultures néandertaliennes.
- Combe-Grenal (Dordogne) — séquence stratigraphique de référence.
- La Chapelle-aux-Saints (Corrèze) — squelette néandertalien quasi complet.
- Qafzeh, Skhul (Israël) — premiers sapiens hors d'Afrique.
- Tabun, Kebara (Israël) — séquences moustériennes longues.
- Krapina (Croatie) — restes néandertaliens en abondance.
- Saint-Césaire, Arcy-sur-Cure (France) — Châtelperronien.
Inventaire complet : sites en France, sites en Europe.