Vie quotidienne

Alimentation paléolithique

L'alimentation paléolithique est reconstituée à partir des isotopes stables du collagène osseux, du tartre dentaire, des coprolithes, des restes osseux et végétaux carbonisés. Les données convergent vers un régime très diversifié, fortement variable selon les latitudes et les saisons. Néandertal apparaît plus carnivore aux hautes latitudes, sapiens plus omnivore et exploitant davantage les ressources aquatiques. Aucun « régime paléolithique uniforme » n'a jamais existé.

Méthodes de reconstitution

Isotopes stables du collagène

Le rapport des isotopes stables du carbone (δ13C) et de l'azote (δ15N) dans le collagène osseux reflète le régime alimentaire des dernières années de vie. Le δ15N augmente d'environ 3–4 ‰ à chaque niveau trophique : valeurs faibles pour les herbivores, intermédiaires pour les omnivores, élevées pour les carnivores. Le δ13C distingue les ressources marines des ressources terrestres.

Les analyses isotopiques sur les Néandertaliens donnent des valeurs de δ15N comparables à celles du loup et de l'hyène (+11 à +12 ‰), confirmant un régime très carnivore. Les sapiens du Paléolithique supérieur affichent souvent des valeurs plus diversifiées, avec une signature d'exploitation des poissons (Brno-Francouzská, Sungir).

Tartre dentaire

Le tartre dentaire fossile piège des microparticules : grains d'amidon, phytolithes, fibres végétales, microfossiles. Les travaux de Karen Hardy, Christina Warinner et leurs équipes ont révolutionné la reconstitution alimentaire :

  • Amidons cuits dans le tartre néandertalien de Spy (Belgique) et El Sidrón (Espagne), Hardy et al. 2012.
  • Lait, viande et plantes diversifiées dans le tartre néolithique et historique (Warinner et al. 2014).
  • Consommation de plantes médicinales attestée à El Sidrón (achillée, camomille).

Coprolithes

Les coprolithes (fèces fossilisées) livrent fragments végétaux, parasites, microfossiles. Le coprolithe néandertalien d'El Salt (Espagne, ~ 50 ka) montre une part végétale significative aux côtés de la viande (Sistiaga et al. 2014).

Néandertal : un grand carnivore

Les analyses isotopiques convergent : Néandertal était à la pointe de la chaîne alimentaire dans les écosystèmes glaciaires européens. Cette signature carnivore extrême s'explique par la rareté des ressources végétales dans les steppes-toundras du MIS 3. La taphonomie des sites moustériens confirme une chasse organisée au gros gibier (mammouth, rhinocéros laineux, cheval, renne, bouquetin selon les régions).

Cependant, le tartre dentaire montre que les végétaux étaient présents, parfois cuits, et que les Néandertaliens du sud de l'Europe (El Sidrón, Espagne) consommaient une part végétale plus large que ceux du nord. La diversité régionale est forte.

Sapiens : un omnivore diversifié

Les H. sapiens du Paléolithique supérieur présentent un éventail alimentaire plus large :

  • Ressources aquatiques — saumon (Magdalénien périgourdin et cantabrique), poissons d'eau douce, coquillages.
  • Petit gibier — lièvre, lapin, oiseaux exploités systématiquement.
  • Plantes — graines de céréales sauvages broyées (Ohalo II, Israël, ~ 23 ka — meules à grains attestées), tubercules (joncs, typhas), fruits, miel.
  • Cuisson — généralisée et structurée autour de foyers organisés.

Cuisson

La cuisson au feu modifie la digestibilité, notamment des amidons (gélatinisation) et des protéines (dénaturation). L'hypothèse de Richard Wrangham (Catching Fire, 2009) lie l'expansion cérébrale du genre Homo à la généralisation de la cuisson. Voir maîtrise du feu. La cuisson systématique n'est cependant clairement attestée qu'à partir de 400 ka.

Les chasseurs-cueilleurs actuels comme analogues

Les sociétés de chasseurs-cueilleurs encore documentées au XXe siècle (Hadza de Tanzanie, !Kung san d'Afrique australe, Inuits, Aché du Paraguay, Aborigènes d'Australie) servent souvent d'analogues — avec prudence. La méta-analyse de Cordain et al. (2000) suggérait une moyenne de 65 % d'origine animale et 35 % végétale, mais cette estimation a été contestée pour sa méthodologie.

Herman Pontzer (Duke University) et son équipe ont étudié les Hadza dans la durée : leur dépense énergétique journalière n'est pas plus élevée que celle des sédentaires occidentaux, et leur régime, bien que diversifié, est saisonnièrement très variable.

Évolution des adaptations digestives

  • Amylase salivaire (AMY1) — gène en copies multiples chez l'homme moderne, adaptation à un régime riche en amidon. Les copies du gène ont augmenté chez les populations agricoles ; mais la base humaine ancienne en porte plusieurs (Perry et al. 2007).
  • Lactase (LCT) — la persistance de la lactase à l'âge adulte est une mutation néolithique apparue avec l'élevage, absente au Paléolithique.
  • Métabolisme des graisses oméga-3 — les variants FADS humains modernes modifient la conversion des acides gras essentiels.

Pont vers le régime paléo

Le régime paléo moderne revendique une inspiration de l'alimentation paléolithique. Les données archéologiques montrent que :

  • Aucun régime paléolithique uniforme n'a existé : la diversité régionale et saisonnière est considérable.
  • L'amidon était consommé dès le Paléolithique moyen.
  • Les céréales sauvages étaient broyées et probablement consommées dès au moins 23 ka (Ohalo II).
  • Les légumineuses sauvages étaient consommées (tartre, coprolithes).
  • Les chasseurs-cueilleurs réels n'évitaient pas les sucres rapides (miel, fruits mûrs).

Voir critiques du régime paléo.